Brand content : définition, frontières et cadre légal

Le brand content, ou contenu de marque, désigne l’ensemble des contenus qu’une marque produit ou commande elle-même pour informer, aider ou divertir son public, plutôt que pour vanter directement un produit. C’est toujours de la communication commerciale : la marque en a l’initiative et la finance. Ce qui change, c’est son ressort. Le contenu ne pousse pas d’abord le prix ou la promotion. Il mise sur ce que le lecteur, le spectateur ou le joueur y gagne. Cette définition a trois conséquences pratiques, développées ci-dessous : elle impose de bien distinguer le brand content des notions voisines, de respecter les règles françaises de transparence et de mesurer l’audience sans enfreindre les règles de la CNIL.

Brand content : la définition en une phrase

Ce sujet s’inscrit dans notre guide de reference : Landing page : 7 points pour décoder un exemple.

La définition la plus solide disponible en français ne vient pas d’une agence. Elle vient d’un organisme terminologique public. Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française définit le contenu de marque comme l’« ensemble des informations produites à l’initiative d’une marque, qui, tout en étant publicitaires, renvoient une image de crédibilité et d’utilité à un individu considéré dans sa globalité et non seulement comme un consommateur » (OQLF, 2015). La fiche donne « brand content » comme équivalent anglais.

Chaque segment de cette phrase compte :

  • « à l’initiative d’une marque » : c’est l’annonceur qui décide du sujet, finance la production et choisit la diffusion. Un article de presse qui cite spontanément une marque n’est donc pas du brand content.
  • « tout en étant publicitaires » : la définition ne prétend pas que le contenu de marque échappe à la publicité. Elle l’y rattache explicitement, ce qui a des conséquences juridiques en France (voir plus bas).
  • « un individu considéré dans sa globalité » : le destinataire est traité comme une personne qui a des centres d’intérêt, des problèmes à résoudre ou un besoin de divertissement, pas seulement comme un acheteur potentiel.

Le brand content ne recouvre pas, en revanche, le message publicitaire classique centré sur le produit, ses caractéristiques, son prix ou une offre limitée. Un critère simple permet de trancher : si l’on retire la signature de la marque, le contenu garde-t-il un intérêt pour son public ? Un guide pratique, un documentaire ou un jeu peuvent répondre oui. Une annonce de promotion, non.

Brand content, content marketing, branded content : où passent les frontières ?

Ces termes circulent souvent comme des synonymes. Aucun texte ne les définit tous de façon normative, et les usages professionnels varient. La grille ci-dessous n’a donc rien d’officiel. C’est une grille de lecture qui aide à cadrer un projet et à choisir les bons indicateurs.

Grille de lecture éditoriale proposée par On-Storytelling ; la seule définition terminologique publique citée est celle de l’OQLF (2015).
Notion Objectif dominant Place de la marque Horizon Indicateurs typiques
Brand content Image, préférence, attachement à la marque Signataire, parfois discrète dans le récit Long terme Notoriété, perception, reprises, engagement
Content marketing Acquisition et conversion (prospects, ventes) Présente, avec un parcours vers l’offre Moyen terme Trafic qualifié, inscriptions, contacts
Branded content Divertir ou informer à travers un programme coproduit ou diffusé par un tiers Associée au programme, souvent en retrait Le temps d’une campagne ou d’une série Audience du programme, mémorisation
Publireportage, publicité native Promouvoir dans le format d’un média Financeur, qui doit être signalé Court terme Visibilité, clics

La dernière ligne est la plus sensible. Le publireportage et la publicité native reposent sur le même financement par l’annonceur que le brand content, mais ils empruntent la forme d’un contenu rédactionnel. C’est précisément ce que le droit français encadre. Ils ne sont pas interdits, mais ils doivent être signalés. La frontière reste d’ailleurs poreuse : l’OQLF range le publireportage parmi les formats possibles du contenu de marque, aux côtés de la revue de consommateurs, du blogue, de la webtélé, du jeu, du film, de l’exposition et du livre (OQLF, 2015). Le format importe moins que deux questions : qui a l’initiative et qui finance, et le public le sait-il ?

Brand content definition — illustration 1
Illustration originale — On-Storytelling

D’où vient le brand content ?

L’exemple fondateur le plus souvent cité remonte à la fin du XIXe siècle. En 1895, le constructeur de matériel agricole John Deere lance The Furrow (« Le Sillon »), un magazine destiné à conseiller ses clients agriculteurs (Journal du Net, 2014). Le principe est déjà celui du contenu de marque : le fabricant ne publie pas un catalogue, il transmet un savoir utile au métier de ses lecteurs. Sa légitimité vient de cette utilité.

Plus d’un siècle plus tard, cette logique a peu changé. Les supports, eux, se sont démultipliés. Le portail public France Num, qui accompagne la transformation numérique des TPE et PME, résume ce basculement : avec le marketing de contenu, « l’entreprise devient un média à part entière » (France Num, 2024). Le même guide rappelle la contrepartie : la démarche suppose une vraie stratégie éditoriale, faite de publications régulières et de qualité. Il cite le blog couplé aux réseaux sociaux comme un levier d’e-réputation pour les petites structures.

Être son propre média implique donc des exigences proches de celles d’une rédaction : une ligne éditoriale, un calendrier, des sources, une signature identifiable. Un magazine comme The Furrow n’a pas duré par sa seule existence. Il a duré parce qu’il servait réellement ses lecteurs.

Pourquoi une entreprise française s’y met : objectifs et réalité du terrain

Les données publiques permettent de situer la pratique sans s’en remettre aux études commerciales. L’enquête annuelle de l’INSEE sur les technologies de l’information dans les entreprises porte sur les sociétés de 10 salariés ou plus. Son édition 2024 a interrogé environ 10 200 entreprises (Insee Résultats, 2025). L’INSEE y définit l’usage des médias sociaux comme le fait d’échanger des contenus en ligne avec clients, fournisseurs et partenaires, via des réseaux sociaux, blogs, sites de partage ou wikis.

D’après les résultats 2023 publiés dans Économie et société à l’ère du numérique :

Les motivations recoupent directement celles du brand content. Parmi les entreprises qui utilisent un média social, 74 % le font pour développer l’image du groupe ou de ses produits (Insee Références, 2025). L’image passe donc avant la vente directe, ce qui correspond exactement à l’objectif du contenu de marque. Le recrutement arrive aussi en bonne place : 62 % de ces entreprises citent ce motif (Insee Références, 2025). Une part du brand content relève ainsi de la marque employeur : faire connaître les métiers, la culture et les équipes à de futurs candidats.

L’écart entre réseaux sociaux et blogs mérite d’être lu avec prudence. Le chiffre de 9 % (Insee Références, 2025) indique que peu d’entreprises tiennent un espace éditorial qui leur appartient. Il ne dit rien de la qualité des contenus publiés ailleurs. On peut néanmoins en tirer une hypothèse raisonnable : un format long et hébergé sur son propre site reste un terrain peu occupé. Le contenu y travaille dans la durée, sans dépendre des règles de diffusion d’une plateforme. C’est aussi là que le contenu de marque rejoint le récit de marque. Un dispositif cohérent relie les histoires racontées sur les réseaux à des pages de fond, organisées par rubriques et reliées entre elles par un maillage interne pensé pour le lecteur.

Le cadre à respecter en France : transparence et identification

Puisque le contenu de marque reste publicitaire, il obéit au principe d’identification de la publicité. Trois textes structurent ce cadre.

Le Code de la consommation. L’article L121-4, en son 11°, qualifie de pratique commerciale trompeuse le fait d’utiliser un contenu rédactionnel dans les médias pour promouvoir un produit ou un service alors que le professionnel l’a financé, sans l’indiquer clairement dans le contenu ou par des images ou des sons clairement identifiables par le consommateur (Légifrance, version en vigueur depuis 2022). Le texte vise précisément le brouillage entre information et promotion, c’est-à-dire le risque propre au publireportage et à la publicité native.

La déontologie professionnelle. La recommandation Communication publicitaire numérique de l’ARPP, dans sa version 5, pose que la publicité doit pouvoir être clairement identifiée comme telle et que l’annonceur doit être aisément identifiable. Pour le contenu de marque, l’identification passe par la marque ou un signe distinctif, ou par une mention explicite. Il s’agit d’éviter toute confusion avec un contenu éditorial (ARPP, version 5 en vigueur depuis 2022).

La loi sur l’influence commerciale. Lorsque la marque passe par des créateurs de contenu, la loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 impose, à son article 5, de signaler explicitement la promotion d’un bien, d’un service ou d’une cause par la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale ». La mention doit être claire, lisible et identifiable (Légifrance, 2023).

En pratique, avant toute diffusion, une liste de contrôle courte suffit à éviter l’essentiel des erreurs :

  • l’annonceur est-il nommé ou reconnaissable dès le premier écran, et pas seulement en bas de page ?
  • un contenu financé et publié chez un tiers porte-t-il une mention explicite, et non une formule ambiguë ?
  • la mise en page évite-t-elle d’imiter celle des articles indépendants du média qui l’héberge ?
  • les créateurs rémunérés affichent-ils « Publicité » ou « Collaboration commerciale » de façon lisible ?
  • le contenu s’abstient-il de présenter un avis financé comme un témoignage spontané ?

Cette transparence n’affaiblit pas le brand content. Elle en est la condition. Un contenu de marque assumé peut construire de la crédibilité. Un contenu sponsorisé déguisé l’expose au soupçon dès qu’il est découvert.

Brand content definition — illustration 2
Illustration originale — On-Storytelling

Mesurer un dispositif de brand content sans enfreindre les règles CNIL

L’efficacité d’un contenu de marque ne se lit pas dans le chiffre d’affaires de la semaine suivante. Il faut combiner plusieurs indicateurs et connaître les limites de chacun :

  • l’audience (visites, vues, lecteurs) dit si le contenu est trouvé, pas s’il est apprécié ;
  • le temps de lecture ou de visionnage donne une idée de l’attention, mais il dépend de la longueur du format et de la façon dont l’outil le calcule ;
  • les reprises (citations, liens entrants, partages) signalent qu’un tiers juge le contenu utile, mais elles restent difficiles à recenser de façon exhaustive ;
  • la notoriété et la perception déclarées mesurent l’objectif réel du brand content, mais elles exigent une enquête auprès du public, avec ses propres biais de déclaration.

Pour la mesure d’audience sur le site, la CNIL prévoit une exemption de consentement sous conditions. Les traceurs de mesure d’audience n’exigent pas l’accord préalable de l’internaute si leur finalité se limite strictement à la mesure d’audience pour le compte exclusif de l’éditeur. Ils doivent aussi produire uniquement des statistiques anonymes et ne permettre ni recoupement avec d’autres traitements ni suivi de la navigation sur d’autres sites (CNIL, 2025). La CNIL recommande en outre une durée de vie de 13 mois au maximum pour ces traceurs (CNIL, 2025) et une conservation des données collectées de 25 mois au maximum (CNIL, 2025).

La conséquence est concrète. Un outil configuré dans ce périmètre fournit des volumes et des tendances fiables pour piloter une ligne éditoriale. Dès qu’il sert aussi au ciblage publicitaire ou au suivi individuel d’un visiteur, il sort de l’exemption et le consentement redevient nécessaire. Mieux vaut donc séparer clairement les deux usages dès le paramétrage. La mesure de la performance éditoriale, traitée dans une rubrique dédiée du site, gagne à partir de cette distinction.

Ce qu’il faut retenir pour cadrer un projet

Une définition opérationnelle du brand content tient en quatre questions à se poser avant de produire quoi que ce soit :

  1. Initiative : la marque est-elle à l’origine du contenu et en assume-t-elle le financement ? Si oui, il s’agit de contenu de marque, au sens de l’OQLF.
  2. Utilité : le contenu garde-t-il un intérêt une fois la signature retirée, comme le magazine de John Deere pour ses agriculteurs ?
  3. Transparence : l’annonceur est-il identifiable, et la mention requise figure-t-elle quand le contenu emprunte la forme d’un média ou passe par un créateur ?
  4. Mesure : les indicateurs choisis correspondent-ils à l’objectif d’image, et l’outillage respecte-t-il le périmètre de l’exemption CNIL ?

Un projet qui répond clairement à ces quatre questions dépasse la définition générique de « contenu qui met en valeur la marque ». Il s’appuie sur une notion précise, sur une pratique plus que centenaire et sur un cadre juridique connu.

Sources

  1. Office québécois de la langue française (Grand dictionnaire terminologique) — Définition du contenu de marque : « Ensemble des informations produites à l’initiative d’une marque, qui, tout en étant publicitaires, renvoient une image de crédibilité et d’utilité à un individu considéré dans sa globalité et non seulement comme un consommateur. » Équivalent anglais : brand content. Formats cités : revue de consommateurs, blogue, webtélé, publireportage, jeu, film, exposition, livre, etc. (Fiche de 2015)
  2. INSEE (Insee Références, Économie et société à l’ère du numérique, fiche 3.1) — En 2023, 69 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus ont un site web et 67 % utilisent les médias sociaux : 65 % ont un profil sur un réseau social, 28 % utilisent une plateforme de partage de contenus multimédias et 9 % un blog ou un microblog d’entreprise. Parmi les entreprises qui utilisent un média social, 74 % le font pour développer l’image du groupe ou des produits et 62 % pour recruter. (Édition 2025 (données de l’enquête TIC entreprises 2023))
  3. INSEE (Insee Résultats, Les TIC et le commerce électronique dans les entreprises en 2024) — Méthodologie de l’enquête TIC : environ 10 200 entreprises de 10 salariés ou plus interrogées début 2024. Définition de l’usage des médias sociaux par l’entreprise : échanger des contenus en ligne avec clients, fournisseurs et partenaires (réseaux sociaux, blogs, sites de partage, wikis). (16/01/2025)
  4. Légifrance (Code de la consommation, article L121-4) — Le 11° qualifie de pratique commerciale trompeuse le fait d’utiliser un contenu rédactionnel dans les médias pour promouvoir un produit ou un service alors que le professionnel l’a financé, sans l’indiquer clairement dans le contenu ou par des images ou des sons clairement identifiables par le consommateur. (Version en vigueur depuis le 28/05/2022)
  5. Légifrance (Journal officiel, loi n° 2023-451) — Article 5 de la loi visant à encadrer l’influence commerciale : la promotion de biens, de services ou d’une cause doit être signalée explicitement par la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale », de façon claire, lisible et identifiable. (09/06/2023)
  6. ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) — Recommandation Communication publicitaire numérique v5 : la publicité doit pouvoir être clairement identifiée comme telle, et l’annonceur doit être aisément identifiable. Le contenu de marque s’identifie par la marque ou un signe distinctif, ou par une mention explicite, pour éviter toute confusion avec un contenu éditorial. (Version 5 en vigueur depuis le 01/01/2022 ; fiche sur l’influence mise à jour en juin 2024)
  7. CNIL — Les traceurs de mesure d’audience sont exemptés de consentement si leur finalité se limite strictement à la mesure d’audience pour le compte exclusif de l’éditeur, s’ils produisent uniquement des statistiques anonymes et ne permettent ni recoupement ni suivi intersites. La CNIL recommande une durée de vie de 13 mois au maximum pour les traceurs et une conservation des données de 25 mois au maximum. (04/07/2025)
  8. France Num (portail de l’État pour la transformation numérique des entreprises) — Avec le marketing de contenu, « l’entreprise devient un média à part entière » ; la démarche doit s’accompagner d’une vraie stratégie éditoriale faite de publications régulières et de qualité, et un blog couplé aux réseaux sociaux sert l’e-réputation des TPE/PME. Attention : la page affirme aussi que l’inbound marketing peut réduire de 60 % les coûts marketing, sans citer de source primaire. Ce chiffre n’est pas à reprendre. (Publié le 25/04/2018, mis à jour le 08/07/2024)
  9. Journal du Net (tribune de Julien Tardy) — Origine souvent citée du brand content : en 1895, John Deere lance le magazine The Furrow (Le Sillon) pour conseiller ses clients agriculteurs. (06/06/2014)
Retour en haut
Mentions légales Politique de confidentialité Contact